Conférences gesticulées et YouTube

De plus en plus de conférences gesticulées sont diffusées sur Internet, notamment sur YouTube. Elles sont vues par des dizaines de milliers d’internautes, relayées quotidiennement et massivement sur les réseaux sociaux. Ce phénomène nous a donné l’envie à L’ardeur d’exprimer notre position : que penser de la mise en ligne des conférences gesticulées ? Doit-on se réjouir que les conférences gesticulées soient tout à la fois ces « objets politiques » à découvrir en public mais aussi chez soi, devant son écran d’ordinateur ou lors d’une projection publique organisée par un collectif ou une association ?

De façon unanime, nous répondons OUI à cette question ! Ce phénomène internet à largement contribué au développement de la conférence gesticulée en tant que « mouvement » et nous ne pouvons que lui en savoir gré. Les processus de politisation pour les jeunes générations (et moins jeunes) se passent aujourd’hui en grande partie sur les réseaux sociaux. Et pour nous, passer à côté de cette opportunité de « diffusion massive du savoir critique et politique » serait une erreur stratégique.

Nous refusons à L’ardeur de nous retrancher derrière l’argument pseudo artistique éculé dans le milieu théâtral, selon lequel un spectacle vivant doit rester vivant et que sa portée ne peut nous parvenir dès lors qu’elle passe par le filtre de l’écran ! Cet argument relève d’une attitude de supériorité culturelle qui n’a rien à voir avec le geste politique qu’engage la construction d’une conférence gesticulée. Pour nous, une conférence gesticulée n’est pas une « œuvre » mais un « acte de déclaration politique » qui est fait pour circuler le plus largement possible.

L’immense majorité des personnes qui souhaitent aujourd’hui faire leur propre conférence gesticulée, c’est-à-dire rejoindre ce mouvement politique décisif de reprise de parole, le font massivement parce qu’elles ont vu des vidéos. Par ailleurs, les témoignages nombreux de syndicalistes, venus nous parler dans les manifestations, c’est-à-dire de travailleurs ne mettant que rarement les pieds dans les théâtres (4 % des français, essentiellement issus des classes moyennes cultivées, selon les statistiques du Ministère de la culture) ou dans les lieux de programmation autres, ont pris connaissance de nos analyses par les vidéos de conférences gesticulées postées sur le net. Nous considérons dès lors qu’il est de notre responsabilité politique et de notre générosité militante, à partir du moment où nous avons construit un acte public, de le mettre à la disposition du plus grand nombre, et pas seulement de la petite minorité de gauchistes instruits qui viendra nous écouter !

Régulièrement, des personnes ou des collectifs sollicitent notre autorisation pour projeter publiquement et gratuitement la vidéo d’une de nos conférences gesticulées : un formateur souhaitant faire réfléchir des stagiaires sur l’emprise de l’idéologie capitaliste dans le travail social, un syndicaliste désirant sensibiliser ses camarades à la novlangue du management, un prof de socio travaillant avec ses élèves sur les rapports de domination, une association organisant mensuellement une projection publique de conférence gesticulée suivie d’un débat sur l’école, les services publics, la tyrannie des normes, les retraites etc. Vos vidéos sont-elles libres de tous droits ? Nous avons toujours et systématiquement donné l’autorisation d’user sans aucune contrepartie de ces vidéos et ne pouvons qu’encourager les collectifs à multiplier ces projections. Mais pour cela, il faut que les vidéos restituent l’intégralité de la conférence gesticulée. C’est pourquoi, à L’ardeur, nous avons toujours refusé l’acte consistant à ne mettre en ligne qu’un simple teaser de la conférence (le teaser comme outil de communication et de marketing et non comme outil de transmission)… La conférence gesticulée ne peut être pertinente dans son utilisation publique que si elle est délivrée dans son intégralité.

S’il appartiendra évidemment à chaque futur conférencier gesticulant de décider souverainement de rendre publique ou non la vidéo de sa conférence gesticulée, L’ardeur prend acte de l’importance décisive qu’ont prises les vidéos postées sur Internet, dans l’éducation politique c’est-à-dire dans l’éducation populaire aujourd’hui. C’est pourquoi, dans nos stages de réalisation, nous accompagnons désormais les stagiaires à cette exigence : la diffusion de leur conférence gesticulée le plus largement possible via les réseaux sociaux. Bien sûr, nous tentons de le faire avec tact et discernement. Il nous arrive par exemple d’être en présence d’une conférence gesticulée dont la diffusion massive constituerait une potentielle mise en danger pour la personne (nous pensons notamment à certaines conférences féministes exposées à des entourages présentant des menaces, mais aussi à toutes sortes de trolls défenseurs du patriarcat etc.). Nous comprenons évidemment dans ces situations la nécessité de se protéger et de refuser la diffusion publique d’une vidéo de la conférence. Reste que dans la majorité des cas, nous considérons que la responsabilité des conférenciers gesticulants est bien de mettre en ligne leur acte de déclaration politique. C’est aussi par ce moyen que nous menons la bataille des idées.

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Une réponse à Conférences gesticulées et YouTube

  1. FranLou dit :

    Grâce au covid-19 zoom est en hausse de 67%, utilisé entre autre par les enseignants (cf wikipedia). Jitsi par contre ?…
    Utiliser youtube pour diffuser nos messages par ce seul canal possible médiatiquement d’importance est évidemment incontournable (framasoft -assoc° d’educ° pop-, effort louable, tous nos encouragements, mais pas à la bonne économie d’échelle)
    Et puis c’est bien pratique, Zoom, Facebook, youtube collectent et stockent (coût énergétique) une quantité gigantesque de données. Grâce à cela (bien que n’ayant de compte sur aucun) je suis automatiquement sollicité sur mes centres d’intérêts (et on n’embêtera pas ceux qui sont plutôt people)
    À part ça qu’en font-ils ? Bien sûr que nous sommes encore bien plus intelligent que leurs I.A. et que nous, nous ne nous laisserons pas surveiller (euh, non. ça c’est fait on le sait. Tout le monde a signé la pétition pour la libération de Julian Assange ?), nous ne nous laisserons pas contrôler (peut être, tant que, marginal ?…). Économiquement par contre, c’est fait, comme vous le savez les GAFAM déjà et grâce à cette crise co vide encore plus, ce sont des milliards de perte pour nos économies, paradis fiscaux etc., et des effets délictueux sur les rapports sociaux, le travail, etc.

    Quand en 198⋅ j’ai appris que l’extension des cultures du café se faisait au dépends des cultures vivrières, j’ai arrêté de boire du café. Quand en 199⋅ j’ai appris que Nike faisait travailler des enfants, j’ai arrêté d’acheter des Nikes. Quand en 200⋅ j’ai reçu messages de mes amis « François venez me rejoindre sur Facebook » je les ai alerté : «tu me vouvoies maintenant ? mais dis moi, tu n’as pas peur que tes petites affaires font leurs affaires». Pas plus alors qu’aujourd’hui ma petite alerte ni les gros scandales n’ont eu beaucoup d’effets. Manifestement les choses ne marchent pas comme ça. Tant que l’information sera criblé au filtre des satisfecits personnels (je suis de tout cœur avec vous), le colonialisme numérique, restera accepté. Je regarde donc maintenant aussi les vidéos sur youtube … On se sent plus proche. C’est plus facile que de lire les bouquins de Klein, Friot, Lordon, Borritz, Porcher, … , et toujours plus difficile d’en parler autour de soi qu’entre nous.

    Pour résumer : ce n’est bien sûr pas une critique de l’utilisation de youtube que je fais (comment faire autrement en l’état actuel ?) mais il serait bien de rappeler tout de même ce que cela signifie, çàd une acceptation temporaire en attendant de trouver les moyens de faire sans.

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