Vocabulaire de la domination, grammaire de la résignation

Vocabulaire de la domination, grammaire de la résignation,

par Franck Lepage

Une démarche d’éducation populaire suppose d’analyser les événements liés au COVID-19 d’un point de vue systémique, c’est à dire matérialiste, et non sous l’angle psycho affectif du comportement des individus. Nous ne cherchons pas à savoir qui a raison et qui a tort, ment ou dit la vérité, nous ne sommes pas qualifiés pour démêler les querelles scientifiques qui opposent ceux-ci à ceux-là, mais notre légitimité à réfléchir appuyée sur notre expérience de citoyens est suffisante pour regarder les décisions politiques prises à la faveur de ce qui est appelé une « crise sanitaire » et de les replacer dans la dynamique du capitalisme mondialisé. Nous nous proposons donc de regarder le langage utilisé par le pouvoir pour ce qu’il révèle (ou dissimule) des grandes tendances à l’œuvre.

« Santé »

« Dans les sociétés où règne le mode de production capitaliste, la richesse se présente sous la forme d’une gigantesque accumulation de marchandises » … la fameuse phrase qui ouvre Le capital éclaire d’un jour singulier la gouvernance mondiale de l’épisode COVID 19. Dans leur dernier ouvrage « enrichissement, une critique de la marchandise », Luc Boltanski et Arnaud Esquerre montrent comment l’extension de la marchandise atteint des domaines que l’on aurait pu croire préservés. Avec les Pandemic bonds, les épidémies s’achètent et s’échangent en bourse, comme avec les « cat bonds » se vendent les catastrophes naturelles et les tsunamis. Il nous faut renoncer à l’idée que L’État est préoccupé par notre santé. Avec une classe dirigeante au service des multinationales (et donc de ses intérêts), nos corps sont des objets de profit à l’intérieur d’un système dans lequel le soin est devenu… une marchandise. Le contrôle anxiogène des populations qu’entretiennent les médias, leur stratégie de la peur, la disproportion entre cette coercition mondiale et la dangerosité comparée du SARS COV 2, la suspension des droits fondamentaux, les confinements, les masques dès six ans, préparent des opinions publiques à de nouveaux marchés : comme celui des vaccinations obligatoires, de la même façon que l’école en distanciel prépare le marché éducatif mondial. Nos corps et nos personnes sont la nouvelle ruée vers l’or d’un capitalisme qui n’a pas d’autre choix que d’étendre indéfiniment le champ de ses marchandises.

« Gouvernance »

Car si le fantasme d’un gouvernement mondial prête à sourire, en revanche, il y a bel et bien eu une gouvernance mondiale de l’épisode Covid, identifiable à la simultanéité et à la similarité des réponses des différents gouvernements du globe. La gouvernance est le contraire du gouvernement : « Toute matière tourne désormais autour des enjeux de gestion, comme si on pouvait mener ainsi des politiques » (A. Deneault : Gouvernance, le management totalitaire). La gouvernance n’est pas la disparition de l’état mais sa mise à disposition des intérêts des multinationales : déreglementation, privatisation des services publics (santé, éducation, transports, énergie, etc), mise au pas des syndicats et des opposants, et contrôle des populations. Ce projet qui a fait l’objet d’un rejet en 2005 en France est le programme de l’Union Européenne : paralyser les pouvoirs politiques nationaux pour laisser libre cours aux multinationales dans le cadre d’une concurrence internationale des capitalismes entre eux. C’est dans tous les pays de l’UE que les lits ont été supprimés dans les hôpitaux.(voir Stéphane Velut – L’hopital, une nouvelle industrie )

« Confinement »

C’est joli confinement. Ça fait cosy, bien au chaud, rien à voir avec « assignation à résidence » ou « enfermement forcé ». En février 2020, le monde découvre éberlué que le gouvernement du pays capitaliste le plus avancé dans le contrôle de sa population et la productivité des travailleurs – la Chine – première puissance mondiale, a la capacité de boucler la population d’une ville entière. Sacrés communistes !!! Les classes dominantes sont éblouies : confinement, reconnaissance faciale, notation informatique des personnes, tests et vaccins obligatoires etc. Un mois plus tard, les autres capitalismes, dont la France, bouclent à leur tour leur population entière.

Le dirigeant indien, à partir d’un nombre de cas proprement grotesque à l’échelle du milliard et demi d’indiens (quelques dizaines) donne 4 heures à sa population pour se confiner, provoquant un exode géant et des morts en pagaille. La jouissance du pouvoir s’est exprimée partout avec éclat. Avec un seul cas recensé dans les Côtes d’Armor (600 000 habitants), Macron et sa préfète on fait survoler les plages par des drones et des hélicoptères. Et il s’est trouvé des gendarmes pour faire cela ! Quant au maire de Cholet (celui-là même qui avait été condamné pour avoir suggéré à propos des gitans « qu’Hitler n’avait peut être pas tué assez de gens ») , avec zéro cas recensés à l’époque, il impose avant toute le monde un couvre feu à sa population : de la jouissance pure !

Dans l’histoire humaine, l’emprisonnement à domicile d’une population entière est la grande nouveauté et la grande avancée dans l’exploitation capitaliste. L’enjeu du confinement n’est pas sanitaire. Il est économique : c’est le marché de la vaccination qui consiste à vendre une population à des laboratoires. On se rappelle les millions de doses achetées par la France pour le virus H1 N1 (ou plus récemment, le milliard dépensé pour le Redemsivir du laboratoire Gilead une semaine avant l’évaluation négative de l’OMS sur l’efficacité de cette molécule). Mais une population qui, à plus de 50 % (selon les sondages commandés par le gouvernement), refuse le vaccin, ne représente pas un marché digne de ce nom. On nous a donc prévenu. En deçà d’un nombre suffisant de vaccinations, l’épidémie ne sera pas stoppée, et le confinement ne pourra pas être levé. Là est le chantage. Le peuple complotiste des mauvais citoyens sera le responsable du blocage de l’économie et de la liberté des citoyens dociles. La vaccination sera obligatoire ou ne sera pas.

« Fachosphère »

Journal de France Culture du 30 août 2020 : « Une manifestation « d’anti-masques » à Berlin avec des drapeaux du Reich !!! ». Double manipulation rhétorique : 1- les personnes qui contestent l’obligation coercitive du masque en extérieur se voient qualifiés « d’anti-masques » globaux, ce qui est faux : ils ne sont pas contre les masques en général mais contre une décision dont l’absurde le dispute à l’arbitraire s’agissant des espaces extérieurs ; 2- tous ceux qui questionnent cette politique sont du même coup assimilés à l’extrême droite.

On nous refait le coup des gilets jaunes que les médias d’État s’ingéniaient à délégitimer en les assimilant à des racistes d’extrême droite. Les 86 premières gardes à vue lors du premier samedi sur les Champs-Élysées avaient été présentées par le ministre de l’époque comme des membres de « l’ultra droite ». Une fois libérés, pas un seule personne politisée, pas un seul militant, mais 86 travailleurs, artisans, professionnels divers ! Combien de sympathiques copains de gauche ai-je entendus traiter les gilets jaunes de racistes d’extrême droite, se détourner des ronds points en se bouchant le nez, et se délivrer une médaille de gauche en transformant leur mépris de classe en vertu politique.

Trois jours plus tard, JT de France 2, on continue avec cette fois une manifestation anti-masques de dix-huit milles participants à Berlin !!! Le reportage ne montre d’images que des militants néo- nazis ! On a un peu de mal à penser qu’il y avait dix-huit  milles néo nazis. Un pauvre père de famille à la fin du reportage dit quand même que l’extrême droite c’est presque rien dans cette manif et que 99 % des manifestants sont de sages travailleurs et des citoyens normaux.

Mais ça marche ! Le masque divise déjà la gauche comme le voile avant lui !!! Et comme si ça n’était pas assez de rouler pour le Troisième Reich en questionnant la gestion de cette épidémie, ceux qui s’y risquent se voient affubler par la gauche vertueuse du vocable infamant de complotistes, un nouveau venu dans l’arsenal sémantique de la domination, et une nouvelle entrée dans le dictionnaire des crétins.

« Complosphère »

A trois reprises déjà, dans les pages du Monde Diplomatique, l’excellent Frédéric Lordon s’était pourtant exprimé sur cette notion imbécile et hautement discutable dont se délectent les journalistes des médias d’État au point que cette accusation infamante revienne toutes les trois phrases dans leur discours, ce qui devrait nous alerter. Certes, on se doute qu’il existe çà et là quelques jobards dont la pensée politique se limite à suspecter Bill Gates de vouloir installer un gouvernement mondial à coup de nano puces dissimulées dans des vaccins obligatoires, avec l’aide des extraterrestres et de la CIA aux ordres des services secrets israéliens et d’illuminatis réfugiés sur l’Île de Pâques ou au Mandarom !!! MAIS…

MAIS ces extrapolations hasardeuses ou tragi-comiques ne devraient pas nous faire perdre de vue que le néanmoins William Gates est bel et bien influent, qu’il a néanmoins investi massivement dans les technologies vaccinales depuis dix ans, qu’il milite publiquement et bruyamment pour une généralisation et une obligation vaccinale mondiale, que le Monde (journal hautement complotiste) nous apprend qu’il est devenu le principal financeur de l’OMS et qu’à ce titre – tout payeur étant décideur – il a contribué à faire assouplir les critères permettant de déclarer une pandémie. Toute personne y voyant un acte de philanthropie plutôt que le juteux marché de la santé de nos corps dont l’ami William a bien compris l’intérêt, devrait changer de lunettes. Croire que Bill Gates est un milliardaire philanthrope relève soit de la mauvaise vue, soit de la mauvaise foi : la première se corrige, la seconde se combat. Pas besoin de complots, nos pires scénarios de science-fiction sont largement dépassés par l’accélération technologique : nous avons découvert éberlués la reconnaissance faciale et la notation des citoyens chinois avec un système de permis social à points, reconnaissance faciale que le maire de Nice essaie d’obtenir pour sa belle ville, les nano puces intradermiques existent et sont implantés depuis dix ans aux USA sur des nourrissons à la demande des mamans qui peuvent suivre l’état de santé de leurs bambins, et quand le président Poutine claironne fièrement sur sa télé que la Russie est en possession d’un missile qui se ballade à plus de 10.000 km/h,  les « complotistes » qui cherchent encore des armes dans les traînées du ciel me paraissent quelque peu has been !

En revanche, l’accusation de complotisme (comme celle de sympathie d’extrême droite sous l’étiquette de « confusionniste »), savamment distillée par un pouvoir qui a créé l’extrême droite de toute pièce et qui s’en sert pour gagner chaque élection, a l’immense mérite de diviser le mouvement social et de semer la pagaille à gauche. Toute contestation de la stratégie gouvernementale s’apparentant à une théorie du complot, on se demande ce qui reste de la possibilité de construire une critique et un rapport de force ? Se faire traiter de complotiste en partageant une conférence de l’équipe de l’Institut Hospitalier Universitaire de Marseille, entretien d’une heure suivi d’un débat contradictoire, dans lequel sont exposés calmement et avec précautions méthodologiques des attendus strictement factuels et scientifiques en se gardant de toute opinion polémique, révèle l’étendue du désastre intellectuel d’une gauche qui a renoncé à toute approche matérialiste : Covid 19, le virus qui rend con… la gauche !

Le peuple (le populo, les prolos, la populace) est complotiste ! Trop cons pour réfléchir par eux-mêmes, il convient de les protéger en censurant les fake news. Dans sa frénésie de se démarquer du populo, la petite bourgeoisie intellectuelle sera donc anti-complotiste ! Les « MAIF-CAMIF-Télérama » l’ont entendu à la télévision : ce peuple est également d’extrême droite, la fachosphère et la complosphère sont une seule et même sphère. Être de gauche aujourd’hui, c’est choisir Macron contre les fachos. La petite bourgeoisie a voté…

J’aime bien les complotistes, sans eux, je ne me serais jamais intéressé aux nano-technologies, à la prise de pouvoir de Bill Gates sur l’OMS, je ne me serais posé aucune question à propos de la 5G, je n’aurais rien su des versements faramineux des laboratoires à des décideurs politiques et médiaux en millions d’euros. Si j’avais dû compter sur TF1 et France 2 pour enquêter et m’informer, j’en serais probablement encore à bêler avec mes amis de la gôgauche qu’il faut respecter les gestes barrière et demander des masques gratuits (tu comprends Franck, il y a des vieux qui meurent dans les EHPAD… !?).

Le déchaînement de « débunking » qui a suivi le film « Hold-up » et la frénésie des journalistes, éditorialistes, chroniqueurs, sociologues dans leur traque des fake news devraient alerter sur la soudaine passion d’objectivité qui saisit la bourgeoisie dès qu’un film ou un évènement risque d’entraîner suffisamment de monde pour faire faire mouvement social. Tout sauf un retour des Gilets jaunes !!  Depuis quand exige-t-on objectivité d’un documentaire engagé et polémique ? On n’avait pas fait autant d’histoire pour le docu sur « Le monde selon Monsanto » (sacrément complotiste) , celui de Ruffin et Perret « J’veux du soleil », ou celui de Michael Moore sur le World Trade Center (palme d’or complotiste), ou sur « We feed the world », etc, etc… Diable, quelle énergie dépensée contre ce film, on en aimerait autant pour débunker les fake news du gouvernement sur la privatisation du système de retraites ou sur le massacre du droit du travail. Le fait qui doit réellement nous inquiéter dans cette affaire est le retrait du film de la plateforme Vimeo, et sa censure,  alors que s’y expriment sociologues, médecins, et même l’ancien ministre Douste-Blazy… Tout ça ne sent pas bon. Les enragés de la liberté d’expression qui nous ont donné moult leçons après l’affaire des re-caricatures ont une conception de la liberté d’expression à géométrie pour le moins variable. Je me sens capable de juger des hypothèses d’un film même si elles sont élucubrées. De qui ou de quoi a-t-on peur ? Et de quoi voudrait on me protéger par la censure ?

« 40.000 morts »

Pourtant, pas besoin d’aller chercher du côté de la « complosphère » et de la « fachosphère » pour nourrir des réserves sur la stratégie répressive du tout masque ou du confinement total. Il suffit de regarder les chiffres officiels du gouvernement et de disposer d’un cerveau doté de deux hémisphères, et en état de fonctionner. Le problème n’est pas de savoir si le masque protège ou pas du virus, mais si ce virus-là nécessite de telles mesures ? La question à se poser est celle de la finalité du confinement. Selon les propres informations fournies par le gouvernement : sauf rares exceptions, ce virus n’affecte que les personnes très âgées et déjà malades (co-morbidité) dont l’espérance de vie ne dépasse pas 1 an. La moyenne d’âge des décès imputés au Covid est de 83 ans !!! Le spot du gouvernement le dit : « 9 malades sur 10 ont plus de 65 ans » et 8 sur 10 ont plus de 80 ans. Le virus n’affecte pas les enfants, dont on découvre qu’ils ne sont pas contagieux avant 11 ans, et affecte très peu les adultes qui sont soit « asymptomatiques » (le virus ne leur fait rien, au point qu’ils peuvent ne pas s’en apercevoir) soit s’en tirent avec une petite semaine de fièvre, perte du goût, toux sèches et nez qui coule. Toujours selon le spot du gouvernement qui passe en boucle sur nos radios : « les signes passent généralement au bout de quelques jours… en cas d’aggravation consulter votre médecin ». « Paie ton virus » comme disent les d’jeuns. Voilà le virus qui nous a fait boucler deux mois à la maison, et qui fait se trimballer les gens avec un masque sur le pif en pleine rue, qui masquent les élèves des journées entières, et engager des personnes dans les écoles pour désinfecter les poignées de portes… Ce n’est plus de la science-fiction, c’est Black Mirror en délire généralisé !

« EHPAD » (Établissement Hospitalier pour Personnes Agées Dépendantes)

Arrive alors généralement le deuxième argument : « d’accord, nous on n’en meurt pas mais ça peut tuer des vieux si on les approche ! ». C’était donc pour protéger les vieux malades qu’il fallait confiner la France ! Car les vieux en bonne santé s’en tirent aussi bien que les autres. Leur système immunitaire fait le boulot. J’ai une excellente amie de 80 ans qui l’a attrapé et qui s’est fait sa semaine de légère fièvre-mal de crâne- Doliprane- mouchoir- tisane- dodo, et qui se porte comme un charme. D’où le deuxième amalgame médiatique : ce virus ne tue pas les vieux, mais ceux qui sont déjà malades, mourants, ou dont le système immunitaire est affaibli par leur chimio (le cancer restant la première cause de décès en France, avec 156 000 décès annuels).

Touchante soudaine sollicitude de la part d’un gouvernement qui se fout des vieux comme de son premier pot de vin, qui vend nos retraites à Blackrock, qui privatise les EHPAD et dégrade la condition des résidents dans des proportions indécentes (une douche par semaine, des vieux qui baignent des journées dans leurs excréments faute de couches et faute de personnel)… mais que voilà soudain transformés en croisade nationale ! Et on entend des ministres, la larme à l’œil, se pencher sur le cas des EHPAD ! Et la gauche vertueuse brandir les EHPAD comme justification du masque à l’école et de la distanciation sociale ! Peut être est-il bon de rappeler qu’un EHPAD est un mouroir : ce n’est pas une thalasso ou des petits vieux viennent faire un séjour de détente ! On rentre en EHPAD pour y mourir et on y meurt. C’est la fonction de l’EHPAD. On ne sort pas d’un EHPAD, sinon les pieds devant. La moitié des séjours dure moins d’un an et demi (chiffres de la DRESS). Alors oui, le Covid peut aggraver et achever un mourant. Mais les mesures d’isolement et le bouclage des vieux dans leurs chambres avec suppression des temps collectifs, repas etc, a probablement plus tué de résidents que le Covid.

Et on en vient au chiffre magique : « Tu te rends compte Franck, il y a quand même eu quarante mille morts » me dit une amie qui fait classe toute la journée avec son masque sur le visage. Qui peut encore oser discuter en face de 40 000 morts. On imagine un carnage, quarante mille cadavres empilés en une montagne de corps ou gisant dans leur sang au soir d’une bataille digne de Game of thrones… une hécatombe ! Oui sauf que ce chiffre n’est pas très important, et qu’il est même assez banal, et pour tout dire normal ! Et c’est l’autre astuce des médias d’État de ne les mettre jamais en perspective. Ça devient tout de suite moins dramatique ! Résumons : il y a en France, 650 000 morts chaque année, qui sont compensés par un peu plus de naissances. Cela s’appelle la démographie. Cela concerne en premier lieu les morts de vieillesse qui meurent rarement en bonne santé, mais qui chopent une maladie à un âge avancé où leurs défenses immunitaires ne sont plus ce qu’elles étaient… grippe, diabète, cancer, infarctus ou… Covid et qui claquent d’insuffisance respiratoire. Cela représente environ 300 000 morts qui se répartissent entre les EHPAD et les Hôpitaux.

A la différence de l’Allemagne, la France a comptabilisé comme morts DU Covid les morts AVEC le Covid. Car nos valeureux pourfendeurs « d’anti-masques complotistes » devraient s’obliger à répondre à la question suivante : pourquoi l’Allemagne avec une population de 80 millions d’habitants ne déclare que 9.000 morts du Covid, soit quatre fois moins que la France ? Trois explications possibles : 1- la choucroute protège du Covid encore mieux que l’hydrochloroquine, le virus devient plus ou moins dangereux selon le sens qu’il traverse la frontière. 2- l’Allemagne a un meilleur système de santé que la France (en fait non, elle est soumise à la même politique de casse de son système de santé par les technocrates néo-libéraux bruxellois). 3- l’Allemagne a un système de comptage différent !

Pour mémoire, il est important de garder à l’esprit pour arriver aux 650 000 morts annuels, qu’il meurt en France deux mille personnes chaque jour. En appliquant le système de comptage allemand, plus honnête et plus rigoureux, on divise le nombre de morts du Covid en France par quatre ce qui nous donne 7.500 morts en… six mois, reléguant ce virus dans la classe des minables par rapport à d’autres de ses concurrents dont on ne parle pourtant pas, pour lesquels on ne nous confine pas, ni ne nettoie les poignées de portes !!!

7 500 morts en six mois ça fait tout de suite moins sexy sur une antenne de radio censée nous foutre les jetons !

« Crise » (sanitaire)

Il n’y a pas de crise dans le capitalisme parce que le capitalisme est un régime de pseudo crises. Voilà 50 ans que nous sommes en crise tous les jours ! Crise économique, crise terroriste, crise sanitaire, tout est bon pour faire passer des lois d’exception. Quand 264 individus possèdent l’équivalent richesse des 7 milliards restants, l’accumulation a atteint un stade que l’humanité n’avait jamais connu. L’existence même de cette humanité est désormais conditionnée à une nouvelle rupture fondamentale consistant à rejeter la domination de la propriété privée. De nos jours le rôle des États est le même partout : protéger ces inégalités. Les classes dominantes n’ont pas d’autres choix que de rester un joueur respecté dans la frénésie internationale du marché.

La France n’ouvrira pas de nouveaux lits, n’augmentera pas le salaire des infirmiers, parce que si elle le faisait, elle prendrait du retard dans cette frénésie de privatisation. Sarkozy président, Roselyne Bachelot ministre, Martin Hirsch directeur de l’agence de santé, Jean Castex administrateur des basses œuvres, ont envoyé au nom de la nouvelle gouvernance hospitalière de jeunes consultants expliquer aux médecins qui dirigeaient les hôpitaux, qu’ils allaient devoir passer « d’un hôpital de stock à un hôpital de flux ». C’était en 2002. Ce sont ces mêmes personnes qui sont supposées aujourd’hui nous faire croire qu’ils s’occupent de notre santé. Ils sont parfaitement au courant des dégâts qu’ils occasionnent. Olivier Veran, le nouveau directeur de la santé, les a même nommés au cours d’une conférence de presse : dépression, suicide, maladie, destruction du lien social, il n’a rien oublié. L’obscénité de cette énumération, n’avait d’égal que le discours, deux ans plus tôt, de Macron après la première insurrection des Gilets Jaunes : « je les ai vus, ces hommes et ces femmes qui se lèvent tôt le matin pour aller travailler loin ». Discours imbécile digne d’une rédaction de classe de seconde ! Et pourquoi pas pieds nus dans la neige pour aller tirer de l’eau avec un saut en bois au fond d’une forêt, couvert d’une maigre chemise de mauvaise toile soufflant sur leurs doigts gourds pour les réchauffer ? Macron, Veran, Castex, Bachelot, ces grands bourgeois ne connaissent le peuple qu’à travers Victor Hugo ! Nous n’avons plus d’autre alternative que de leur désobéir. Au risque de se faire traiter de complotistes par leurs alliés de la petite bourgeoisie intellectuelle toujours prompte à donner des leçons de morale au peuple !

« Fascisme »

« Même si les politiciens fonctionnent au niveau national, ils dépendent largement de la situation des multinationales. En fait nous pourrions parler à propos de ces nouvelles figures d’une espèce de fascisme démocratique, désignation paradoxale mais appropriée à la situation. La décomposition de l’oligarchie politique traditionnelle donne naissance à la figure d’un nouveau fascisme dont l’avenir est incertain mais qui n’est assurément pas une bonne chose pour les gens qui auront à le subir. » (A. Badiou). Si l’on n’aime pas le terme de fascisme ou si on le trouve excessif, on peut alors parler de régime libéral autoritaire, dont la Chine nous montre le chemin.

Covid 19, le virus du pouvoir

Macron n’a pas fini de s’amuser ! Un coup je confine la population et met la police au service de mon délire, un coup je t’oblige à porter un masque, un coup j’oblige tout le monde à porter un masque, et demain peut-être j’interdirai le port des chaussettes rouges ou des chemises rayées. C’est cela la nouvelle gouvernance mais ça n’est pas que cela, car au delà des mesures de contraintes et de réductions de liberté, se profile surtout des mesures anti-sociales de casse accélérée des services publics, de liquidation du droit du travail et de nettoyage de l’économie comme le capitalisme sait en faire cycliquement.

Références

L’OMS modifie ses critères de pandémie

Le moment paranoïaque (le déferlement totalitaire) face à la dialectique du maître et de l’esclave par Ariane Bilheran

Gouvernance, le management totalitaire par Alain Deneault

Trump par Alain Badiou

Enrichissement, une critique de la marchandise par Luc Boltanski et Arnaud Esquerre

Stéphane Velut. L’hopital, une nouvelle industrie. Gallimard

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11 réponses à Vocabulaire de la domination, grammaire de la résignation

  1. Merci pour cet article très intéressant.
    Je trouve qu’il manque parfois de source, comme pour le système de comptage des morts du Covid-19 en Allemagne et pourquoi il est plus honnête. Un petit lien vers la source eut été parfait 🙂

  2. Mercier Nicolas dit :

    Excellent, lucide, concis, comme d’habitude. Merci Franck.

  3. Allanic dit :

    Concentration,industrialisation, exploitation; la majorité des problèmes que nous rencontrons, pollution, délinquance, maladie, doivent à ce triptyque. Le haut capital ne fait qu’étendre son crédo à l’échelon planétaire.

  4. Ducourtieux dit :

    merci, analyse qui fait du bien!

  5. Véronique Verhille dit :

    Belle synthèse de cette «crise». Cela peut il réveiller les citoyens ?

  6. Plunian dit :

    Ahh l’importance des mots et leur usage pour une activité mentale efficiente!
    Merci

  7. Daniel dit :

    Le ton et l’analyse faite ici me parle largement.Deux points cependant, le chiffre réel des morts et le système de santé allemand. Le chiffre réel des morts du Covid est en train d’être evalué par l’INSERM et pour la première vague, il semble bien être d’un peu plus de 30000 malgré le fait que des morts non-covid aient été comptés Covid (fact-checking de Libé). L’Allemagne même si elle est soumise aux technocrates bruxellois conserve pour l’instant un meilleur système de santé que nous. Enfin je m’etonne sur un point pourquoi la Suède n’a pris aucune mesure?

  8. Pauline dit :

    Article très intéressant, je te rejoins en partie. Par contre je suis très étonnée de lire tes chiffres du COVID, que tu conclus : « 7500 morts, minable » ! Franck, aurais tu oublié de prendre en compte le fait qu’on a été confinés 3 mois et passé les 7 autres avec des mesures barrières ? Parce que figure toi, c’est mécanique, quand tu éloigne les gens, c’est désastreux socialement, mais ça ralentit les transmissions. C’est une ineptie de ne pas le prendre en compte. Oui c’est que 40 000 ou 7500 morts, qu’importe, mais si c’est « peu », c’est aussi en partie parce qu’on s’est éloignés les uns des autres. Ce serait bien de l’écrire aussi, parce que sinon ton article sonne comme « tout ça pour une grippette ! » ce qui ne fais pas vraiment rire.

  9. philippe chailloux dit :

    Super comme dab. Manque plus que le chapitre sur les polices et leurs policiers sans qui cette gouvernance ne pourrait s’exercer.

  10. Jean Galaad Poupon dit :

    C’est drôle, je viens d’écrire un article sur le complotisme aux mêmes couleurs que les tiennent Franck :

    Le complotisme : vers l’anesthésie politique
    Après plusieurs années de travail sur le complotisme je me suis dis, à l’aune du documentaire « Hold up » et ce qu’il soulève, qu’il serait opportun d’en éclairer le sens, et l’usage politique qui en est fait. Ce documentaire fait plusieurs millions de vues sur les réseaux sociaux, en réaction l’ensemble des médias (libé, le monde, RTL, France inter, pour ne citer qu’eux) s’empresse de lui donner l’anathème qui vise à mettre en garde les curieux : attention il est COMPLOTISTE. Quand j’écris ces lignes, ce documentaire est également considéré comme antisémite (par Marie Peltier entre autre).
    – C’est quoi ?
    Le complotisme consiste à proposer une version alternative d’un événement à sa version officielle, a fortiori la généralisation du procédé consiste à postuler l’existence d’un groupe dominant qui organise secrètement divers troubles et événements négatifs dans notre société.
    – C’est-à-dire ?
    Les ressorts épistémologiques du complotisme, c’est-à-dire la manière dont une pensée complotiste se forme se structure de la manière suivante : défiance envers les médias et les gouvernements, doute vis-à-vis de ce qui est tenu pour vrai par ces médias, hypothèse alternative appuyé par des faits allant dans le sens de l’hypothèse sans jamais la prouver de manière définitive.
    – C’est qui ces gens ?
    Je distinguerai ici plusieurs complotismes. Les vrais, ceux qui croient par exemple que les extra-terrestres sont parmi nous (les pyramides ma gueule!). Ceux-là sont plutôt sympathiques, même si on voudrait qu’ils échappent à leurs obsessions. On trouve aussi la théorie du complot reptilien : ils contrôlent secrètement le monde (ceux qui comme moi se réjouissent de l’absence d’antisémitisme dans cette théorie du complot reptilien, fait rare dans le complotisme, seront vite déçus, les juifs sont au courant, ils le taisent et sont complices 😑). Le complotisme antisémite : ici les juifs contrôlent le monde politique, surtout les juifs sionistes qui veulent en même temps (si je puis dire) mondialiser la politique et s’enraciner de manière nationaliste et coloniale à Israël. Le problème de ces complotistes est moins la domination en soi que ceux qui occupent le trône selon eux.
    – C’est tout ?
    Non ce n’est pas tout. Une forme de complotisme est apparue récemment : ceux qui spéculent sur les actions, les projets, les intérêts, et les manipulations des dominants que sont les riches, les gouvernements, les médias, autrement dit le Capitalisme une fois organisé. C’est récent car auparavant ceux-là étaient simplement anti-capitalistes. Ma thèse est que ce complotisme là est légitime (enfermez-le!), même si les ressorts épistémologiques sont les mêmes. Et c’est là que je voudrais proposer des éléments pertinents. Le nouvel usage de ce terme a deux sources pour moi : les dominants défendent leurs intérêts et la petite bourgeoisie expriment son mépris intellectuel.
    – Mais toi, tu es complotiste ?
    Oui, et j’ai longtemps lu le plus grand des complotistes : Descartes. Dans sa première méditation il fait l’hypothèse qu’un dieu trompeur et un malin génie s’efforcent de nous tromper et de nous empêcher d’atteindre la vérité. (Heureusement qu’il ne faisait pas de politique…). En philosophie, ce qu’on appelle couramment le complotisme dans les médias et en politique s’appelle le scepticisme. Le scepticisme est un outil méthodologique de pensée qui sert à démontrer la vérité en proposant par imagination, les hypothèses les plus folles visant à renforcer une idée et à tester sa solidité. Les hypothèses imaginaires sont mêmes ordinaires en Sciences-Physique puisque Ray Bradbury et Stephen King ont été sollicité par la NASA pour faire avancer la recherche. L’hypothèse imaginaire est donc étudiée sérieusement, afin de voir si elle peut correspondre à la réalité. En Philosophie et en sciences le scepticisme et les hypothèses imaginaires sont des outils ordinaires et souvent nécessaires. Par exemple, dans Philosophie de la connaissance. Croyance, connaissance justification. (Vrin, 2005) David K. Lewis écrit « Laissez éclater vos fantasmes paranoïaques – complots de la CIA, hallucinogènes dans l’eau du robinet, conspirations de menteurs, Satan lui-même – vous vous rendrez vite compte qu’on trouve partout des possibilités d’erreurs non éliminées. Bien sûr ces possibilités-là sont farfelues, mais elles restent bel et bien des possibilités. Elles débordent même sur notre savoir le plus quotidien. Nous ne disposons jamais d’une connaissance infaillible. » Lorsqu’on fait des études à l’Université c’est normal de faire des hypothèses farfelues et de douter de tout. C’est le moyen d’atteindre une forme de vérité, probable dira t-on.
    – On atteint jamais la vérité ? Que dit Popper ?
    Jamais de manière absolue. Les faits sont établis de manière polémique, les interprétations de faits sont multiples. Popper est un philosophe qui, faute de proposer un critère de vérité, propose un critère de fausseté : l’infalsifiabilité. Les théories du complot étant infalsifiables, elles sont donc fausses ? Cette idée vient de gens qui n’ont pas lu Popper et qui ne connaissent pas les failles de son épistémologie. Si cette épistémologie est vraie alors le féminisme est faux, exemple : le patriarcat est la domination des hommes sur les femmes, or les hommes se suicident plus, meurent plus au travail et de mort violente, ils souffrent plus de solitude. Théorie – fait empirique falsifiant. Ici, la théorie féministe est réfutée par une donnée empirique. Problème, Popper s’est trompé, une théorie falsifiée peut s’avérer vrai. C’est pourquoi Popper présente l’échec de sa théorie en voulant la sauver : l’hypothèse ad hoc. C’est quoi cette merde ? (un élève génial m’a dit une fois « c’est le truc des rageux monsieur ! ») Une hypothèse réfutée par un fait empirique est sauvé par une hypothèse interprétative qui sauve la théorie malgré les faits : on peut expliquer (donc avec une théorie) d’un point de vue féministe et non contradictoirement qu’il y a du patriarcat et que les hommes subissent aussi des dominations de genre dans la construction viriliste. Autrement dit, l’infalsifiabilité par les faits n’est pas suffisante pour invalider une théorie. Les théories du complot ne sont donc pas épistémologiquement invalides.
    – Attends attends… On ne peut pas réfuter la platitude de la Terre, ni les extra-terrestres, ni les reptiliens ni toute cette merde ?
    Non. Enfin si, mais pas absolument. Thomas S. Kuhn a fait apparaître en ce sens que la vérité s’établit par un système d’adhésion sur le mode de la croyance et non de la science. On est devenu héliocentrisme sans l’avoir démontré. Un paradigme est ce moment où une majorité de scientifiques se mettent d’accord sur une théorie générale que tous soutiennent. Ceux qui sortent de ce cadre sont ridiculisés et disqualifiés. Par exemple, on peut les traiter de complotiste. Ce paradigme n’est pas objectivement vrai, il exprime les croyances majoritaires des scientifiques dans les instances institutionnelles de légitimation politique.
    Heu.. ? Les médias, les revues, les universités. On peut dire que dans notre paradigme c’est des grosses conneries, mais objectivement on sait pas, même si c’est très peu probable.
    – Ouais… Mais du coup c’est quoi le problème avec le complotisme ?
    En général on s’en fout. Sauf pour le complot juif, il est immoral et historiquement dangereux, il faut le démonter car si beaucoup de gens y adhérent les juifs peuvent être en danger. Les autres sont plutôt rigolos. Et en réalité nous sommes tous plus ou moins complotistes. C’est normal. Parfois c’est bien et nécessaire, parfois c’est dangereux et immoral. Le problème arrive lorsqu’on applique cela au politique.
    – Les anti-complotistes sont stupides, dixit Spinoza.
    Comme l’a fait apparaître Frédéric Lordon le complotisme est un symptôme de la dépossession politique comme l’écrit Spinoza « pouvoir tout traiter en cachette des citoyens, et vouloir qu’à partir de là ils ne portent pas de jugement, c’est le comble de la stupidité. » (Traité politique, VII, 27). Le peuple se pose des questions sur la manière dont il est gouverné, car il est gouverné, il ne gouverne pas. Le peuple est tenu éloigné des décisions politiques. À partir de ce qu’il a, il essaye de comprendre les intérêts des dominants pour se défaire de ses chaînes. Lorsqu’il a conscience d’être dominé bien sûr, je crois d’ailleurs que chez les anti-complotistes macroniens, la domination n’existe pas. À l’inverse, les gouvernants dissimulent leurs réelles intentions pour parvenir à dominer et à cacher la domination. Exemple : « Mon ennemi c’est la finance ». Donc, les dominants mentent ou utilisent une novlangue pour euphémiser ou dissimuler l’injustice de leurs décisions, en face les dominés conscients de la domination et qui ont pour projet de résister à cette domination essaient de comprendre à partir de ce qu’ils ont. Et lorsqu’on a pas toutes les informations, on se trompe, on s’égare, on exagère. Et parfois, on trouve la vérité. La prise de conscience politique ressemble finalement à une démarche scientifique de tâtonnement à l’aveugle. Personnellement, je préfère un citoyen conscient de la domination qui exagère sur les intentions et les actions des dominants, qu’un citoyen endormi paisiblement dans l’ordre néo-libéral (généralement ce dernier ne subit pas vraiment la domination).
    – Que se passe t-il du coup ?
    C’est très simple, de nombreux citoyens se posent des questions, parfois dans le bon sens, parfois à l’envers. Ils accusent les dominants de dominer, les dominants s’en défendent, ou justifient leurs actes. Les dominants s’organisent pour établir leur vision politique du monde. C’est pourquoi il y a un paradigme actuel qui domine la pensée celui de la mondialisation néo-libérale pour faire court. Ce paradigme colonise petit à petit toutes les instances scientifiques, et non seulement la philosophie politique. Un médecin ne souscrivant pas à l’idéologie de l’industrie pharmaceutique (médicaments = bien + santé) se verra disqualifié, quand bien même il met au point un traitement efficace contre le cancer et les maladies dégénératives, traitement testé, vérifié et validé. C’est qui ? André Gernez bien sûr.
    Tous ceux qui sortent ou critiquent ce cadre de pensée sont susceptibles d’être attaqués ou disqualifiés. On trouvera donc dans la liste des complotistes désignés comme tels par des médias défendant l’ordre en place de nombreux anticapitalistes ou critiques du pouvoir : Lordon, les Pinçon-Charlot, le Monde Diplomatique, Michel Onfray, Etienne Chouard, Pierre Rabhi, Serge Halimi. Il est assez aberrant d’amalgamer ces gens avec des antisémites, or c’est ce que permet la notion de complotisme : confondre des idéologies contraires. La théorie de la théorie du complot est un confusionnisme. Ils seront même antisémites parce qu’ils sont complotistes. Ce n’est pas aberrant, c’est le pouvoir qui se défend tout naturellement.
    – Oui mais attends… tu dis que c’est un disqualificatif… ok, mais entre ces penseurs et des excités de la conspiration il y a un gouffre !
    Lorsque Emmanuel Macron et Marlène Schiappa disent que les gilets jaunes sont financés par les italiens et les russes. Pardon ?? Non mais pour quoi faire au juste ?? Est-ce que ça, ça n’est pas du complotisme ? … Or, personne ne les a accusé de complotisme. Cet anathème est un outil de domination politique pour disqualifier toute critique en… la psychiatrisant. L’hypothèse politique est alors considérée comme celle d’un paranoïaque. Cela permet d’éviter toute contre-argumentation en invitant son contradicteur à prendre RDV avec son psychanalyste. Cet usage disqualificatif est assez récent, au XXe siècle, en pleine guerre froide, tout le monde savait que le bloc capitaliste et le bloc communiste fomentait des complots secrets. On se disqualifiait on se traitant de bolcheviks ou d’amerlocs. Aujourd’hui le bloc communiste est tombé, les capitalistes doivent donc disqualifier leurs critiques internes, une fois que les universités sont orientées, les médias financés par le Capital, et les politiques plus ou moins au service de la même politique on peut traiter tous ses adversaires de complotistes personne n’aura ni la rigueur ni la possibilité de dire le contraire. C’est même plus grave que ça, aujourd’hui de nombreux lanceurs d’alerte dévoilent des scandales cachés (n’appelons surtout pas ça des complots ! Nous serions aussitôt touchés par la maladie mentale). On les neutralise en les confondant avec des complotistes et sans mobilisation massive pour relayer leur travail ils sont voués au silence.
    – Ok, les libéraux n’aiment pas le complotisme parce que ça dévoile la domination… Mais il y a des anarchistes qui critiquent le complotisme, rien à voir.
    Oui c’est vrai, pour des raisons différentes. Et je crois qu’ils se trompent. Le dévoilement des mécanismes du pouvoir est une chose positive pour les anarchistes, mais ils rejettent les théories les plus farfelues car elles désamorceraient l’action politique. Si je crois connaître un complot alors je me dispense d’agir, la seule connaissance du complot fait de moi un résistant. Pas besoin de lutter car je suis éveillé par la seule connaissance du complot, à la limite j’essaye de convaincre les gens en les faisant chier avec 12 000 preuves et vidéos à la con. Les anarchistes veulent une Révolution, le complotisme est perçu comme un outil de démobilisation.
    – Et c’est vrai ?
    Non. Dans les milieux militants, sur les Zads par exemple, il y a beaucoup de complotistes. On les appelle les « conspis ». Ce n’est pas toujours agréable, mais ça ne les empêche pas de lutter, mais lutter pour de vrai. Je pense que les anarchistes anti-complotistes ne vont pas souvent sur des lieux luttes, sinon ils relativiseraient grandement le problème.
    – Mais ce documentaire qui balance tout et son contraire c’est n’importe quoi, non ?
    La théorie de la théorie du complot accuse les complotistes d’utiliser le sophisme du mille feuille.
    – C’est quoi encore ce truc ?
    Cela consiste à donner une quantité d’arguments et de preuves allant dans le même sens au détriment de la qualité de ces arguments. Le temps de démonter tous ces arguments étant quasi-impossible à obtenir, au final on a raison par usure.
    – Et voilà ! C’est ça la merde du complotisme ! Le mille feuille !
    Et bien, non. Les gouvernements font la même chose pour justifier « l’allègement des charges sociales », vous trouverez 1000 études et preuves que cet allègement permet de baisser le chômage et la Croissance. Ce n’est donc pas une singularité du complotisme. Par ailleurs je mets au défi quiconque de me démontrer que La Recherche de la vérité de Malebranche n’est pas un mille feuilles argumentatif, et a fortiori, peut-être même une bonne partie de l’histoire de la philosophie.
    – Comment on fait alors ? On dit rien aux complotistes ?
    On cherche une preuve ou une expérience de pensée qui invalide le tout. Exemple, le constat : si l’allègement des charges permet la relancer de la Croissance et la baisse du chômage, alors pourquoi est-ce que cette politique de baisse des charges s’articule avec … croissance nulle et une augmentation du chômage ? Pour le complot juif, et pour s’en convaincre soi-même (au cas où le besoin de quelqu’un ici s’en ferait sentir) il faut faire une expérience de pensée : si Israël n’existait pas, et si les juifs étaient totalement absents des cercles de pouvoir serait-on épargné de la mondialisation capitaliste, du transhumanisme, du néo-libéralisme et du dérèglement climatique ? On peut ajouter les chinois sont-ils anticapitalistes ? Non… mais alors sont-il juifs ? Cette expérience de pensée et cette analyse invalident à elles seules la pertinence du complot juif. Si vous en avez l’énergie et le courage il faudra convaincre que c’est des conneries. C’est Marx lui-même qui met en lumière la dynamique aveugle du Capital dont la mécanique accumulative ne dépend ni des acteurs qui l’incarnent ni de leur idéologie, car c’est le mode de production qui détermine leur idéologie et non l’inverse : « Ce n’est pas la conscience des hommes qui déterminent leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. »
    « La production des idées, des représentations et de la conscience, est d’abord directement et intimement mêlée à l’activité matérielle et au commerce matériel des hommes : elle est le langage de la vie réelle. » Pépé Marx amour sur toi.
    – Ok pour les antisémites, mais les complotistes non-antisémites ?
    La théorie de la théorie du complot considère que tout complotisme est antisémite comme l’écrit bien Marie Peltier. Ce qui lui permet d’accuser d’antisémitisme un documentaire qui ne dit jamais le mot « juif » (l’accusé principal, Bill Gates, n’est même pas juif ! ). Monique Pinçon-Charlot dont les travaux ont nourrit la gauche critique et la pensée anarchiste depuis des décennies est aujourd’hui accusée de complotisme et d’antisémitisme pour son intervention dans ce film. Or, elle est marxiste, et comme je viens de le démontrer je crois, Marx est l’antidote au complotisme antisémite. Elle est intellectuellement incompatible avec l’antisémitisme, c’est pour elle absurde et impensable. Il faut rejeter cette accusation d’antisémitisme et la combattre en faisant apparaître l’absurde et le danger de ce procédé (si Mélenchon, José Bové, Olivier Besancenot, Etienne Chouard, Bourdieu, Daniel Mermet, et j’en passe, sont antisémites mais alors tout le monde est antisémite, ou bien personne. Et c’est là le danger, tel Pierre qui criait au loup on en vient à dédramatiser l’antisémitisme, personne ne le croit, et quand l’ennemi vient, personne ne le voit). Et pour le complotisme en question, mon avis est que au-delà d’y reconnaître un procédé sophistique du pouvoir qui se défend (et donc de ne pas se laisser impressionner ou intimider par ça), il ne faut pas s’indigner des propos farfelus, ni les condamner. Mais discuter, et croire au bon sens des gens pour reconnaître la vérité. En tant que prof je sais que cette croyance se vérifie tous les jours (oui, je trouve que mes élèves sont intelligents).
    – Mais alors, il faut pas lutter contre le complotisme ?
    La théorie de la théorie du complot est complotiste. Ceux qui démontent les théories du complot ont recours aux mêmes schèmes intellectuels que les complotistes : procès d’intention, généalogie des financements occultes explicatifs (Caroline Fourest explique la complaisance de Corbyn vis-à-vis de ce qu’elle appelle « l’Islam radicale » en raison des financements de son parti politique et… d’une photo de lui à côté d’un « musulman fondamentaliste »), idéologie cachée ou supposée (des « islamogauchistes » alliés aux terroristes dixit Caroline Fourest, Val, Bruckner), au service de forces étrangères (lorsque l’ONU dénonce les violences policières en France Michelle Bachelet, Haut-commissaire aux droits de l’Homme est accusée par les macronistes d’être au service … du Venezuela ! ). Les théoriciens de la théorie du complot voient des complotistes partout qui conspirent secrètement dans l’ombre. Encore une fois, tout le monde est plus ou moins complotiste, surtout ceux qui s’acharnent à lutter contre. Je ne vois pas l’utilité de mettre en garde des  »esprits faibles et vulnérables » contre une supposée contamination intellectuelle. En quoi est-ce grave que des gens croient comme le dit ce documentaire que l’argent va être dématérialisé et que la 5G va contrôler nos décisions via des nanorobots injectés par le vaccin covid ? Ces gens là ne sont pas dangereux : ils se méfient de ce qu’on leur dit, ils se renseignent, ils se conscientisent parfois maladroitement (et alors ? On veut des esprits purs et droits ? Les pensées gauches seraient-elles devenues indésirables en soi ? ). J’y vois plutôt quelque chose de sain : le citoyen en a soupé des fake news des médias mainstream (« les violences policières n’existent pas dans un État de droit » pardon??) il regarde ailleurs. Dans cet ailleurs il y a le pire et le meilleur. C’est normal, lorsque votre médecin ne vous soigne plus, les charlatans sont rois, les causes imaginaires comme les reptiliens ou les juifs deviennent plausibles. Mais pourquoi s’inquiéter lorsque les gens vont dans le sens de la critique du capitalisme, des technologies, de la mondialisation, du principe de représentation en politique ? À moins bien sûr qu’on ne défende soi-même ce monde-là. Les gens n’ont pas besoin des intellos de gauche sur-diplômés pour leur faire des leçons d’hygiène intellectuelle. Ne plus croire au discours capitaliste est plutôt un signe de bonne santé intellectuelle. Et c’est ça qui me rend le plus triste.
    – Triste ?
    Oui, depuis les gilets jaunes je vois à quel point la gauche et l’extrême gauche (mon camp politique donc) méprise le peuple. Au départ, j’ai vu l’insurrection que l’on attendait tous depuis des décennies. Victoire ! Non, les gens de gauche et d’extrême gauche, en bons disciples de Foucault et de Terra Nova ont jugé ce peuple trop sexiste et trop raciste voire trop démocrate lorsqu’il demande le RIC. On peut déjà noter les points communs avec Macron, qui ajoute même que les gilets jaunes sont antisémites (si ça c’est pas une fake news ! Qualifier un mouvement comme ça sur la base de 2 gusses qui font des quenelles… On pourrait compter le nombre de policiers et de militaires qui font des quenelles, ce serait intéressant…). Le peuple des gilets jaunes, mouvement pourtant très paritaire sur les ronds points et dans ses représentants de toutes les couleurs et de toute origine était impur. Il n’était pas assez intersectionnel (je ne me lasserai personnellement jamais d’entendre des féministes reprocher aux gilets jaunes de ne pas être intersectionnels (ce qui n’est pas entièrement faux) lorsqu’elles-mêmes sont opposées à la sortie de l’€ et au RIC. N’est pas intersectionnel qui veut.) J’ai vu mon camp politique mépriser un peuple révolutionnaire. Ce camp politique m’est apparu à cet instant contre-révolutionnaire. Et aujourd’hui je vois des gens de gauche et d’extrême gauche crier haro sur le baudet vis-à-vis d’un documentaire sans l’avoir vu sous prétexte qu’il est COMPLOTISTE. J’y vois ici, en lecteur amoureux de Bourdieu et Rancière le mépris des intellectuels vis-à-vis de ceux qui ont fait moins d’études qu’eux et dont l’usage de la faculté de penser est jugée illégitime. Ce documentaire a eu beaucoup de succès sur les réseaux sociaux liés aux gilets jaunes, relayé aussi par Maxime Nicolle (l’immonde complotiste). En décembre 2017, l’IFOP a produit une enquête bidon pour prouver que 8 /10 français étaient complotistes mélangeant tout et n’importe quoi, avec une méthodologie abracadabrantesque. De quoi effrayer et enorgueillir tous ceux qui croient de pas en être, en l’occurrence ces médias et cette presse s’adresse au lectorat de gauche. On dit aux gens : vous pensez mal, vous n’avez pas le droit de penser ça, ou comme ça, il faut penser comme nous, comme on vous le dit. Votre réflexion n’est pas assez rigoureuse, votre usage du doute est hyperbolique et injustifié, vos hypothèses sont grotesques et fausses. Les intellectuels de gauche ne supportent pas que les gilets jaunes s’emparent de la politique à leur manière en toute autonomie. Ils voudraient que le peuple défile avec leurs slogans en lisant leurs bouquins (oui moi aussi j’aimerais bien que les gilets jaunes lisent Bourdieu et Rancière…). Ce mépris de classe parfois conscient et assumé me rend triste et me dégoûte. Il contredit toutes les valeurs de ma vie et de ma formation intellectuelle. Alors oui ce documentaire est complotiste, non je n’ai pas été convaincu par les thèses développées et malgré tout je trouve les interventions très intéressantes, et oui, j’ai pris du plaisir à le voir, j’aime la musique, et oui, je suis content que des millions de gens l’aient vu sur les réseaux sociaux et s’interrogent maintenant sur la gestion politique du covid. Et surtout, oui j’aime Monique Pinçon-Charlot, son travail, ses propos et son humanité. Je pense qu’on peut faire une corrélation directe entre le niveau d’étude et le dégoût de ce documentaire, avant même de l’avoir vu, inversement plus vous êtes issus de classes populaires, plus il a de chance de vous plaire. Heureusement personne ne me lit car la fin est sans filtre 😆 et je ne suis pas si triste car beaucoup d’anarchistes sont aussi critiques que moi contre leur camp politique. 🥳

  11. Boy dit :

    Étienne Chouard vient de publier que la société de divise en 2. Ceux qui ont peur de terribles maladies et ceux qui ont peur de terribles tyrannies. J’appartiens clairement à la 2ème catégorie avec une tendance à l’exclusion de ceux qui ne voient pas le vrai danger. Merci Franck de m’avoir rappelé que le capitalisme est en soi une vraie tyrannie.

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