Un témoignage sur le développement personnel et le complotime

Il est très rare que L’ardeur publie sur son site un article qui n’a pas été écrit par l’un de ses membres. Si nous faisons exception pour le texte qu’Anna nous a envoyé, c’est parce qu’il nous a beaucoup touché·e·s et parce qu’il pose des questions essentielles dans la sombre époque que nous traversons. Ce témoignage, lucide, sincère et courageux, raconte les cassures irrémédiables qui peuvent accompagner l’adhésion d’une personne à l’idéologie du développement personnel et à une vision intégralement « complotiste » du monde.

Sur le premier point, le témoignage d’Anna montre à quel point l’idéologie du développement personnel (contre laquelle L’ardeur s’est positionnée dès sa création) peut s’accompagner de pratiques et discours totalitaires, à l’inverse de l’esprit de débat et de confrontation qui caractérise l’éducation populaire. Sur le second point, L’ardeur reprend à son compte Frédéric Lordon quand il pointe au sujet des complots « deux écueils symétriques, aussi faux l’un que l’autre : 1. En voir partout. 2. N’en voir nulle part ». Il n’empêche : dans la vie réelle, et c’est ce que nous raconte Anna, il peut y avoir une pente glissante qui mène du doute vis-à-vis des discours officiels à la certitude inverse. Voici l’histoire d’une fracture familiale qui a aussi été une fracture politique.

QUAND UNE FAMILLE EXPLOSE À L’ÈRE DE LA POST-VÉRITÉ

Chronique intime d’une fracture politique

J’ai vécu vingt-quatre ans avec le même homme.

Vingt-quatre ans.

Trois enfants : Emma, Emile et Enzo.

21, 21 et 17 ans aujourd’hui.

Quasi un quart de siècle construit ensemble.

Un quotidien joyeux, avec ses hauts et ses bas.

Une année sabbatique merveilleuse en Argentine en 2009.

La moitié de ma vie en 2024.

On habite depuis plus de 20 ans à Pantin, à deux pas de Paris.

Des bobos dans une ville de bobos.

Une famille  dite « nombreuse ».

Unie, sportive, voyageuse, dynamique.

On formait une équipe.

Les aînés, les jumeau-jumelle, en études de musique et d’architecture à Nantes et à Lille.

Parcoursup, le parcours du combattant pour Enzo cette année.


Je commence par cela, parce que cette histoire ne vient pas de la marge.

Elle ne parle pas de gens à part,

Isolés, frustrés, ni relégués.

Elle parle de ce qui arrive quand le réel se fissure

au cœur même d’une famille ordinaire.


Marc a toujours eu un côté décalé,

Libre penseur.

Un peu à contre-courant.

Méfiant vis-à-vis de l’autorité.

Souvent dans son monde aussi, aimant inventer des théories,

Amusantes, désemparantes parfois,

Changeantes souvent.

Il avait quelque chose de libertaire.

Une défiance envers les discours dominants.

Une manière de questionner ce qu’on lui présentait comme évident,

De ne pas se laisser enfermer dans les cases.

Un peu de provocation aussi, pour éviter les conversations banales.

Une intelligence critique.

C’est un peu pour cela que je suis tombée amoureuse de lui.

Et c’est important de le dire :

le complotisme ne touche pas des gens idiots.

Il touche souvent des gens intelligents,

curieux,

capables d’analyse.

Des gens qui doutent.

Et le doute, en soi, est nécessaire.


Marc et ses sœurs ont grandi

Dans une famille bourgeoise soixante-huitarde.

Avec un père dysfonctionnel,

Qui trompait sa femme ouvertement et rabaissait ses enfants.

Sans que leur mère n’impose de limites claires.

Une barrière pour les protéger de ce qui n’était pas acceptable,

Comme un repère.


Alors remettre en cause l’autorité,

L’école, les institutions, les études, les carrières professionnelles.

C’était aussi une manière de se protéger.

De rester libre.


J’ai toujours connu Marc passionné.

Passionné entièrement.

Le tennis, par exemple.

Trois fois par semaine minimum.

Quand les enfants étaient petits,

Puis plus grands,

ce n’était pas négociable.

Toute la famille s’organisait autour de ça.

Avec souvent des coups de ma gueule de ma part

quand j’aurais aimé une vie moins  routinière,

plus de place à l’imprévu.


Il adore ses enfants.

Vraiment.

Avec cette intensité absolue.

Un papa poule exemplaire.


Et puis en 2010,

Suite à la rencontre avec une famille canadienne en Argentine,

 il y a eu l’hypnose.


Nous avons aidé Diane,

notre nouvelle amie québécoise,

Grande oratrice, formatrice en hypnothérapie,

Un peu gourou sur les bords,

À organiser des stages en France, une ou deux fois par an.

Marc s’est plongé corps et âme

dans cette nouvelle spiritualité.


Pendant plus de cinq ans,

il ne parlait que de ça.

On a tous servi de cobayes.

Les enfants, les amis, les amis d’amis, moi bien sûr.


L’hypnose pour combattre les allergies d’Emile,

Les phobies de chiens,

L’addiction à la cigarette de sa sœur.


L’autohypnose comme moyen de résoudre tous les problèmes,

Une ouverture vers les théories New Age,

Une solution miracle à tout.

Plus d’excuse pour aller mal.

Il n’y avait pas une soirée entre amis

sans qu’il ne tente d’allonger quelqu’un,

 immobile entre deux chaises.


Participant moi-même parfois aux stages de Diane,

Je me suis retrouvée un dimanche matin

à essayer de tordre une cuiller par la force de l’inconscient…


Mais ça m’a vite lassée.

C’était envahissant.

Parfois intrusif.

J’y dénonçais  une part de mauvaise foi.

Contrairement à ce que Marc et Diane prétendaient,

C’était loin de marcher à tous les coups.


Et oui, je m’en mords encore les doigts,

Mais c’est moi qui, au départ,

Ai ouvert le chemin.

Sans jamais pourtant en faire une obsession.

C’est moi qui en premier me suis intéressée à l’hypnose.

J’ai fait découvrir à Marc le yoga.

Lui ai offert un stage, un tapis, des bouquins, un coussin de méditation.

Je l’ai même inscrit à un weekend intensif de résistance dans l’eau gelée !


Marc s’intéressait de plus en plus à ce qu’on appelle le développement personnel.

Krishna Murti, Wilmoff, Deepak Chopra…

Il enchainait ouvrages et vidéos en ligne de ces gourous en coaching alternatif,

Était captivé pas des récits d’expériences de mort imminente.

À l’époque,

Je n’y prêtais pas trop attention,

 j’y voyais une quête de sens.

Une lubie passagère « à la Marc ».

Une façon de se distraire d’une vie professionnelle un peu ennuyeuse.

Pas un danger idéologique.


Avec le recul, je peux le dire autrement :

le réel devenait peu à peu malléable,

Interprétable à l’infini.

L’intuition prenait le pas sur les faits.

L’expérience personnelle devenait une preuve absolue.


Cela me semblait pourtant de plus en plus farfelu :

Histoires de pyramides revisitées, OVNI, enlèvements par des martiens, chemtrails…


La porte était entrouverte.


Puis, en mars 2020, il y a eu le Covid.

La planète entière confinée.

La pagaille des masques.

Les tâtonnements et erreurs du gouvernement.

Des vaccins vite mis en place,

Scandaleusement beaucoup plus accessibles dans les pays riches.

Avec forcément des enjeux politiques et financiers révoltants.

Une occasion pour les États de serrer la vis,

De mettre en place des règles de circulation absurdes.


Je tiens à être très claire là-dessus :

Je n’étais pas une adepte aveugle des décisions gouvernementales.

J’étais critique.

Voire très critique.

Moi aussi j’ai triché sur les pass de circulation, les tests PCR ou antigéniques.

J’ai bien souvent dépassé les distances imposées quand j’allais courir au bois,

J’ai gommé mes horaires de sortie pour pouvoir profiter du soleil plus longtemps.

J’ai pesté contre ces couvre-feux ridicules, incohérents.


Pour Marc, ce confinement a marqué un tournant.

Une autorité intolérable.

Une détestation viscérale de Macron.

Un rapprochement de ce que l’on subissait avec l’Allemagne nazie.

Un refus absolu de se faire vacciner et de laisser vacciner les enfants.


Il s’est aussi plongé aussi plusieurs heures par jour dans la méditation pleine conscience,

Des exercices de respiration à jeun.

Des marches pieds nus dans l’herbe, en chaussures « bare foot ».

Du yoga tous les jours.

Un contrôle du corps faute de maîtrise d’une situation totalement inédite,

Sidérante.


Moi je revendiquais le droit au doute.

Le droit de dire :

les choses sont complexes.

Je ne voulais pas “absolument vacciner les enfants”.

Je voulais pouvoir discuter.

Trouver un compromis

entre des vaccins mal ficelés et la nécessité de reprendre une vie sociale confisquée

Les laisser choisir aussi, en parler avec eux.

Reconnaître l’incertitude.


Mais chez Marc,

le doute est devenu une certitude inverse.


L’obligation vaccinale est devenue le symbole ultime de l’oppression.


À ce moment-là,

Alors même que j’étais pourtant critique vis-à-vis de ces nouveaux vaccins,

le corps de nos enfants est devenu un champ de bataille idéologique.


C’était tendu.

Nous avons dormi à tour de rôle sur le canapé.


Marc ne jurait que par le professeur Raoult,

Le documentaire pseudo-scientifique « Hold-up »,

Les convois de la liberté canadiens sensés propager en France leur révolution.

Il a acheté des packs d’eau au cas où un blocus s’organisait,

Mais rien ne s’est passé.

Un soir, il m’a fait lire un article d’une pseudo-journaliste :

Brigitte Macron était un homme et le dissimuler constituait un crime d’Etat.

Je n’en revenais pas.

« Et alors, quand bien même ? Quel serait le problème ? »


C’est la première fois, avec du recul, que je commençais à réaliser que son obsession

Était contaminée par des idées nauséabondes.

Que, mettant en cause le système,

Il était prêt à gober n’importe quoi.

La défiance devenait croyance.


Et sur tous ces sujets, Marc était incollable.

Parce que c’est aussi ça, le fonctionnement complotiste.

On fouille tout.

Chaque détail.

Chaque mot.

Chaque image.

Et sur les réseaux sociaux, sur Internet, nos fameuses bulles d’information,

Quand on fouille, on trouve !


Mais on ne fouille pas pour comprendre.

On fouille pour confirmer.

Tout est interprété dans un seul sens.

Celui qui conforte la théorie.

On devient champion de pirouette,

On retombe toujours sur ses pieds,

Quels que soient les faits.


Le monde devient manichéen.

Eux contre nous.

Les éveillés contre les endormis.


C’est simple.

Rassurant.

Et terriblement efficace.

Un soir pourtant,

alors que je dormais depuis des semaines sur le canapé,

il a craqué.

Pleuré.

Une seule fois.

Il m’a dit que j’avais raison.

Que j’étais dans l’action.

Que le monde était si mauvais,

Terrible pour nos enfants.


Il reconnaissait soudainement qu’il était en « dépression nerveuse ».

Il s’est résigné à aller voir un psy.

Mais s’est arrêté au bout de trois séances.

Le temps de reconstruire sa coquille de certitudes.

Tout était réglé.

Oublié.


Cet échec m’a brisée.

Parce que le peu de doute qui existait peut-être encore

A fini par être pulvérisé.


Un autre tournant, ça a été la guerre en Ukraine.

En février 2022.


Une semaine avant, j’avais essayé de partir.

Quitter le foyer familial.

M’arracher.

Parce que c’était déjà intenable.

Une seule semaine dans le studio disponible d’une voisine.

Je n’y suis pas arrivée.


Il y avait l’amour.

Les enfants.

L’idéal d’une famille unie.

L’espoir encore peut-être que ça passe.


Et Poutine a envahi l’Ukraine.

Zelensky était un nazi.

L’Otan, l’ennemi à combattre.

Macron toujours bien pire que Poutine.

Il fallait bombarder l’Ukraine pour empêcher que le covid ne se répande de laboratoires cachés.

Ce covid pourtant si inoffensif.

Un conseiller de Poutine, déguisé en transsexuel, avait menacé de révéler le sexe de Brigitte Macron,

Alias Jean-Michel Trogneux.


Marc me semblait devenir fou.

Je ne pouvais plus continuer à faire l’autruche.

Il était bel et bien victime de ce qui commençait à être un fléau.


Alors j’ai cherché à comprendre.

À me plonger dans des bouquins,

des podcasts.


Des plateformes de discussions.

Pour l’historienne belge Marie Peltier,

Le complotisme,

C’est aussi une arme infaillible pour affaiblir les démocraties,

Semer la défiance et polariser les sociétés.

La désinformation, ces fameuses « fake news »,

constituent un outil imparable pour délégitimer les institutions,

la science,

La Russie est experte en la matière.


C’est aussi un business pour les gourous éclairés.

Publicités et nombre de visionnages sur YouTube

Médecines alternatives

Faux certificats vaccinaux.

Marc a acheté celui d’Emma à une pharmacienne soi-disant héroïque pour 100 euros !

Et pourtant, oui,

Il existe des complots.

L’histoire en est remplie.

Et leur dénonciation est légitime,

Nécessaire.


Mais le complotisme,

ce n’est pas la recherche de la vérité.

C’est une vision globale du monde

où tout est intentionnel,

où rien n’est jamais le fruit du hasard,

où la complexité est vécue comme une menace.

C’est une réponse anxieuse à un monde chaotique.


C’est rassurant,

parce que ça donne du sens.

Et surtout,

ça désigne un ennemi.

Et pendant ce temps-là,

Cela empêche d’agir.


Il y a cette référence à Matrix.

L’histoire de la pilule bleue.

Et la pilule rouge.

La bleue : continuer à vivre dans l’illusion.

La rouge : voir la vérité.

Le problème,

c’est que quand on croit avoir pris la pilule rouge,

on n’écoute plus personne.

Tous ceux qui doutent encore

sont devenus des endormis.


Les enfants, en plus de subir nos disputes incessantes,

Souffraient aussi de voir leur père s’enfoncer dans ces croyances,

De pressentir la dislocation du cocon familial.


Emma m’a dit un jour

qu’elle avait l’impression d’avoir deux pères.

Celui d’avant.

Et celui d’après.


Emile, lui, déplorait l’impossible communication :

« Le plus dur, ce ne sont pas ses idées.

C’est qu’on ne peut plus discuter avec lui. »

Et Enzo, si mâture, alors au seuil de l’adolescence :

« C’est drôle, mais on a l’impression que papa

Ne croit pas vraiment à ce qu’il dit ».


Tous les trois aiment leur père,

Profondément.

Et j’admire la patience dont ils font encore preuve aujourd’hui.

Leur tolérance.

Moi qui pétais un câble régulièrement.

L’impression de me cogner la tête contre les murs.

Peu à peu, je réalisais quelque chose d’essentiel :

le complotisme ne détruit pas d’abord la vérité.

Il détruit le dialogue.


En juin 2022, Emile et Emma ont passé leur bac.

Et sont partis étudier à Nantes et Lille en septembre.

On restait tous les trois avec Enzo à Pantin.

Je ne voulais pas qu’il subisse seul de nouvelles engueulades.


J’ai fermé les yeux.

Et pendant deux années d’apparente accalmie,

Les croyances de Marc ont continué à s’accumuler.

Les vidéos truquées de l’alunissage.

La CIA derrière l’attentat du World Trade Centrer.

Les reptiliens.

Une fixation aussi sur des ennemis exécrés : Carlos Schwab et le Forum de Davos,

Bill Gates, Justin Trudeau.

QAnon et ses réseaux pédosataniques

Avides de sang d’enfants,

Dieudonné, lui désormais apprécié.

Des premières allusions questionnant le changement climatique.

Des sortes de mots magiques, comme des explications à tout, en anglais :

« Deep State » et « Great Reset”


Et mon père, malade ces dernières années,

L’une des nombreuses victimes évidentes

de ce vaccin anti-covid détestable.


Il ne manquait plus que la Terre plate.


Une fois Marc a critiqué lors d’un repas la « mode queer »

Prôné la distinction entre féminité et masculinité affirmées

Associé changement de sexe et mutilation.

Des arguments que je retrouverai dans les mots d’Elon Musk quelques mois plus tard.

Le journaliste scientifique Etienne Klein s’amuse de l’anagramme suivante :

« La dévalorisation du réelle »

Contre « trouvaille de la déraison ».

Mais ce qui me dérangeait désormais,

ce n’était plus l’absurdité.

C’était les valeurs que ça charriait :

racisme,

transphobie,

conservatisme autoritaire.

De libertaire, Marc avait viré libertarien.


Lui se sentait fier.

Éclairé.

Moi, j’étais la naïve.

La lectrice de presse mainstream.

Et on a continué à s’éloigner,

Je me réfugiais dans le travail, les sorties, mes engagements associatifs, les amis.


On a tout de même essayé de se lancer dans un nouveau projet.

Une maison en Bretagne.

Un changement de vie à venir.

Comme une dernière chance.


Et puis,

Le 5 novembre 2024,

Donald Trump a été réélu.

Ce soir-là,

Marc a choisi son camp.

Celui des murs aux frontières du Mexique,

Du « Make America Great Again »

Du « Drill, baby drill ».

Il pensait qu’un président qui disait

« prendre les femmes par la chatte »

Ou que « les Haïtiens mangeaient des chats et des chiens »

Valait toujours mieux qu’un parti Démocrate corrompu,

Représentant de l’Etat profond.

Peu importent les saluts nazis,

Les forages de gaz de schiste sur toute la planète

Jusqu’à ce qu’on en crève,

Peu importe l’hubris dans toute sa splendeur.


Trump contre les démocrates.

Trump contre Kamala Harris,

Trump contre la science et la culture,

Trump contre le wokisme.

Trump et le déni du réchauffement climatique.


Et moi,

j’ai compris que je ne vivais plus seulement

avec quelqu’un dont je ne partageais plus la même vérité.

Mais qui, aveuglément,

prônait des valeurs que je combattais.

Je l’aimais encore, mais il n’y avait plus d’issue possible

À part la rupture.


Le temps de s’organiser,

– Cela a pris plus d’un an –

Je suis allée voir une psy,

Pour essayer de comprendre.

Je me suis rapprochée

d’associations qui accompagnent les proches de victimes de sectes.


Car le complotisme est parfois pire qu’une secte.

Parce qu’il n’y a pas de gourou.

Il y a des algorithmes.


Ils enferment.

Radicalisent.

Et prônent pourtant bien-être et bienveillance

Envers une communauté d’éclairés incompris.


On se reflète alors dans ce que Naomi Klein appelle

le monde miroir.

Un monde où toutes les vérités se valent.

Sans garde-fou,

Où l’on ne sait plus à quelle information ou fake news se vouer.

Où, faute de positionnement clair des mouvements de gauche,

s’engouffrent les idées d’extrême droite.

Comme sur X.


C’est ce qu’on appelle aussi la conspiritualité :

le mélange de New Age,

de développement personnel

et de propagande politique.


Aujourd’hui, Marc semble heureux.

Il se dit soulagé de notre séparation,

De ne plus être dénigré au quotidien.

Que je ne l’ai jamais aimé.

Sinon, je l’aurais accepté avec ses idées.

Que chacun a sa vérité,

Et que cela au fond n’a pas tellement d’importance.


Aujourd’hui, j’ai l’impression

que ce monde de post-vérité s’impose partout.

Et que ça brise

des couples,

des amitiés,

des familles.


Que ce récit intime que je vous livre,

Révèle le monde comme il va,

Ou plutôt, comme il va mal.


Aujourd’hui encore, je me demande :

qu’est-ce que j’aurais pu faire autrement ?


Être plus douce ?

Maintenir le lien et la bienveillance, coûte que coûte,

comme le suggère le journaliste et ancien complotiste William Audureau ?


Beaucoup moins travailler ?

Être plus disponible ?

Plus aimante, attentive ?

Sûrement.


Attendre que cette obsession passe ?

Qu’elle soit chassée par une autre ?

Je ne viens pas vous dire

ce qu’il aurait fallu faire.

Car aujourd’hui encore,

Baignée de nostalgie de notre vie d’avant révolue,

Je n’ai pas de solution miracle.


J’ai souvent l’impression d’être dans un mauvais rêve.

Je lui en veux encore d’avoir finalement provoqué cette rupture.

Et si au fond c’était, inconsciemment, ce qu’il souhaitait ?

J’ai de la tristesse et de la colère que je tente coûte que coûte d’apaiser.

Une tendresse aussi et un attachement pour la vie.

Un deuil qui prend son temps.


J’ai une histoire.

Et des questions.


Que fait-on

quand on n’habite plus la même réalité que quelqu’un qu’on aime ?

Que l’on combat ses idées, ses valeurs ?

Jusqu’où va la bienveillance ?

La tolérance ?

À partir de quand devient-elle une forme de renoncement ?

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Une réponse à Un témoignage sur le développement personnel et le complotime

  1. EloinMinsk dit :

    C’est une façon de revenir sur vos prises de position douteuses pendant la période du COVID et le relai des thèses de Laurent Mucchielli? Il n’est jamais trop tard pour faire l’autocritique camarades, vous avez aussi votre responsabilité dans la radicalisation/l’égarement de personnes qui vous font confiance.

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